Pourquoi le nouveau code belge des sociétés (et des associations) est une opportunité pour les entreprises familiales !

Pourquoi le nouveau code belge des sociétés (et des associations) est une opportunité pour les entreprises familiales !

La récente loi du 23 mars 2019 réforme le droit belge des sociétés et associations.
Entrée en vigueur le 1er mai 2019, elle sera applicable aux sociétés existantes dès le 1er janvier 2020. Celle-ci auront jusqu’au 1er janvier 2024 pour modifier leurs statuts et les mettre en conformité avec le nouveau code. Cependant, si une entreprise déjà existante effectue une modification de ses statuts avant la fin du délai, elle devra automatiquement les adapter et les rendre conformes au nouveau code.

Plus d’infos sur les mesures transitoire, ici.

Le long délai prévu dans les mesures transitoires offre l’opportunité d’une réflexion approfondie sur l’organisation de l’entreprise familiale. A la clé :

– un bien meilleur ajustement entre le fonctionnement du système familial et celui du système entrepreneurial.
– une plus grande cohérence entre la forme juridique de l’entreprise, ses statuts, les différents niveaux de pouvoir, et les dynamiques hiérarchiques et relationnelles spécifiques à la famille.
– une clarification des rôles et place de chacun des membres de la famille qui sont impliqués dans l’entreprise.
– une meilleure répartition des fonctions de chacun au regard des compétences techniques, des soft skills et dans le respect des dynamiques familiales sous-jacentes.
– Un apaisement de conflits existants et/ou une anticipation de probables conflits futurs.

Quels sont les aspects des modifications qu’apporte le nouveau code qui intéresseront particulièrement l’entreprise familiale ?

– Les différentes formes d’entreprises sont élaguées et simplifiées. Le code a retenu 4 formes de sociétés et supprimé toutes les autres :
1. La SA – Société Anonyme : cette forme de société est maintenant réservée aux grosses entreprises qui ont un actionnariat important.
Nombre de SA familiales auront donc intérêt à passer à une autre forme, plus adaptée à leur fonctionnement.
2. La SRL – Société à Responsabilité Limitée : ancienne SPRL, cette forme est la plus flexible : Quotation en bourse possible, plus de capital minimum légal mais des ressources suffisantes par rapport à ses objectifs et activités à développer, libéralisation de la cessibilité des actions (les entrepreneurs familiaux apprécieront), nouvelles règles de distributivité des bénéfices…
3. La SC – Société Coopérative.
4. La Société Simple, seule à ne pas être dotée de la personnalité juridique.

Pour plus de détails sur les diverses formes juridiques, cliquez ici.

– Le nouveau code prévoit bien plus de dispositions supplétives que l’ancien: une aubaine pour l’entreprise familiale!
Des dispositions anciennement impératives ou d’ordre publique deviennent supplétives, ce qui offre la possibilité d’ajustements beaucoup plus fluides et aisés entre le fonctionnement réel et la structure juridique. Les actionnaires ont donc désormais les coudées plus franches pour faire valoir leurs souhaits.

Cette avancée va permettre de renforcer le caractère intuitu personae propre à l’entreprise familiale, en augmentant statutairement ou contractuellement la considération pour le type ou la qualité des relations existant entre les personnes.

Quelques questions à se poser, pour l’entreprise familiale, à l’occasion de l’adaptation de ses statuts :

– Quels sont les droits liés à la détention de parts ?
– Quelles décisions doivent être prises à la majorité spéciale ?
– Quid de la cession des parts (clause d’agrément, de préemption ?), notamment en cas de décès ?
– Comment répartir les responsabilités détenues par l’AG ou par les administrateurs, en fonction des nouvelles possibilités offertes par la loi ?
– Quelle latitude donner à un administrateur ? (Révocabilité, responsabilité, …)
– Quelle serait l’utilité d’un pacte d’actionnaire ou d’une charte familiale, pour ce qui n’est pas à sceller dans les statuts ?
– Qu’indiquer dans les statuts ou dans un tel pacte ou encore dans une charte, et avec quels effets ? (Clauses de répartition des mandats et fonctions d’administrateurs, clauses relatives à la gestion de la société, rémunération, clauses d’arbitrage de conflits…)

La transmission de l’entreprise familiale : le regard d’un systémicien

La transmission de l’entreprise familiale : le regard d’un systémicien

Jacques-Antoine Malarevicz, systémicien de renom, intervient en entreprise depuis 1987. Il nous livre dans cet article son regard sur l’entreprise familiale et en particulier les difficultés liées à la transmission de celle-ci.

Selon lui, au moment de la transmission, l’entreprise est plus que jamais envisagée comme un patrimoine, monétisée, et c’est cette considération monétarisée de l’entreprise qui réveille les affects et rend problématique la transmission. Au point que pour deux entreprises sur trois, la transmission se passera mal et l’entreprise ne pourra pas rester dans la famille.

On comprend à quel point les enjeux sont cruciaux !

La transmission est affective à plus d’un titre, et à des degrés divers selon les personnes et les situations.
Il y a bien entendu la situation du/des cédant(s), parfois fondateur(s) de l’entreprise, qui a/ont un véritable travail de deuil à faire.
Par ailleurs, le cédant aura à accorder sa confiance à son ou ses enfants repreneurs. A l’heure actuelle, le repreneur n’est plus systématiquement l’ainé, mais peut être n’importe lequel des enfants, fille ou garçon. Il peut également s’agir de co-repreneurs : plusieurs membres de la fratrie, un couple, …
Cela peut également compliquer le bon déroulement de la transmission car cela remet en question les cadres de référence traditionnels.
Des secrets de familles émergent parfois à cette occasion, déstabilisant d’autant plus le système familial et ses membres.

Les problèmes de transmission font crise lorsqu’ils n’ont pas été anticipés, nous dit le systémicien. L’essentiel est de préserver l’entreprise, qui peut sérieusement souffrir de périodes conflictuelles trop longues, dues au manque de préparation.
L’idéal, selon Malarevicz, est d’avoir anticipé par l’élaboration préalable d’une « charte familiale » prévoyant toutes les problématiques, tant financières que relationnelles.

Au vu des changements sociétaux de notre époque et de leur rapidité, je me demande parfois s’il est possible de tout anticiper. Et comment anticiper des secrets de famille ? Mais il est clair que la prévision des problématiques possibles via une charte constitue un excellent travail préparatoire.
Les modalités de réalisation de ce travail seront également essentielles : au plus la famille sera mobilisée et impliquée, au plus le système sera préparé. Donner une place à la composante émotionnelle dans le travail préparatoire sera également un gage de meilleur déroulement de la phase de transition effective.

Dans la réalité que j’observe et accompagne, prévoir les dynamiques relationnelles inconscientes liées à la transmission reste difficile.
Il me semble délicat de stigmatiser les entreprises qui n’auront pas trouvé le temps de faire ce travail préalable ou n’y auront pas pensé par manque d’information, ou encore se retrouveront coincées dans une crise malgré un travail anticipatif, du fait de l’émergence d’événements nouveaux dans le processus de la transmission.

Couple: quand la communication s’emballe!

Couple: quand la communication s’emballe!

Nombreux sont les couples qui se reconnaissent des « problèmes de communications ».
Et bien souvent, ils ont l’impression de se parler correctement, de se dire les choses, ils se parlent volontiers, ils ont parfois participé à des séminaires de Communication Non Violente (CNV).
Et pourtant…

Voyons ce qui peut mener à l’impasse dans la communication, en nous appuyant sur les travaux du systémicien Paul Watzlawick.

1. On ne peut pas ne pas communiquer !
Même quand on ne dit rien, on dit quelque chose, le silence parle. Mais aussi : notre attitude corporelle, l’émotion qui se lit sur un visage, mon positionnement dans la pièce, les mouvements du corps, le bruit que je fais (volontairement ou non), un parfum… même mon absence est signifiante.
En bref, nous communiquons constamment, que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non. Ce qui ne signifie en rien que nous nous comprenons !
Face à moi, Corine est assise sur le bord du canapé, les jambes serrées et emmêlées, le regard tourné vers le sol. Raoul, lui, est installé au fond du même canapé, jambes largement écartées. Il me regarde droit dans les yeux. Pas un mot n’est échangé. Trouvez-vous vraiment que rien ne se dit dans ce silence ?

2. Toute communication présente deux aspects : le contenu (une information) et la relation (la façon dont chacun des protagonistes va tenter d’influencer par le biais de sa communication). Il s’agit ici de la forme de la communication, de sa tonalité, de ce qui va lui donner un sens au-delà du seul contenu.
Je peux prononcer exactement les mêmes mots (« prends ton manteau ») et donner un sens très différents à la situation en les prononçant de façon douce et lente (mon message est pacifiant, serein, égalitaire), ou au contraire rapide et agressive (par ce biais, j’exprime un mécontentement, ou je tente de hiérarchiser la relation en prenant le dessus par une injonction directe et sèche). Je peux également prononcer les mêmes mots sur un ton plaintif, ce qui va me mettre en position « basse » dans l’échange.
Par ailleurs, je peux créer de la dissonance si mon langage oral et mon langage corporel sont antagonistes.
Julie, le visage fermé, est interpelée par son compagnon, Roland, lui demandant « ce qui se passe ». Elle se détourne et lui répond : « rien ! » sur un ton énervé.
Il y a fort à parier que Roland va se douter qu’il n’y a pas tout-à-fait « rien ».

3. La communication humaine utilise simultanément deux modes de communication : digital et analogique.
Le mode digital se veut factuel, objectif. (Il est 15h12).
Le mode analogique, lui, donne un sens particulier, symbolique et subjectif à l’information. Si les deux interlocuteurs ont un référentiel commun, la communication sera efficace.
Par contre, si les référentiels sont distincts et que nous n’en sommes pas conscients, c’est l’impasse.
La pendule indique 12 :00 (digital). Monique dit : « il est midi ! ». Elle se dépêche, elle va rater son premier cours de yoga si elle traîne (mode analogique : midi a, ce jour-là, un sens particulier pour Monique) !
Georges la regarde passer la porte les bras ballants, pris de court, l’estomac dans les talons. « J’ai faim, moi ! ». Midi, c’est l’heure de manger (analogique), et tu n’as pas préparé le repas ?
Le référentiel est clairement différent chez l’un et l’autre.
Ils se feront la tête jusqu’au lendemain.

4. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires.
Il existe une co-influence des deux interlocuteurs, qui donne du sens à l’échange. La subjectivité de chacun colore l’échange parfois jusqu’à le bloquer.
Cette ponctuation subjective et parfois non consciente, crée un cycle vertueux… ou un cycle vicieux qui mène à l’impasse.
Il a élevé la voix pour s’adresser à elle, elle s’est refermée et ne dit plus rien. Il tente de rester calme. Il est vite agacé quand elle a cette attitude. Et plus il s’énerve, plus elle se replie. Et plus elle se ferme plus il perd patience !

5. La communication est soit symétrique, soit complémentaire.
Symétrique, elle tend à minimiser les différences, à déhiérarchiser l’échange et de ce fait la relation est plus « horizontale ». Cela favorise le partenariat.
Complémentaire, elle appuie sur les différences et donne une hiérarchie à l’échange (position basse/haute).
L’interaction influence donc les positionnements de l’un par rapport à l’autre. Poussée trop loin d’un côté ou de l’autre, c’est le risque d’une impasse.
En effet, trop d’horizontalité mène à la rivalité, trop de hiérarchie génère, quant à elle, de la distance, au point parfois de ne plus se retrouver.

Ces 5 points d’attentions nous montrent bien combien la communication se joue dans l’entre-deux du couple. Une bonne partie des impasses communicationnelles résultent en quelque sorte des distorsions langagières entre les interlocuteurs, entre ce que l’un croit dire et ce que l’autre en comprend. Ajoutons à cela l’importance, la sensibilité et l’émotionalité du lien d’attachement entre conjoints, qui rend le terrain communicationnel entre eux spécialement sensible et l’analyse des schémas dysfonctionnels difficile.

Il est également intéressant de constater qu’une communication réussie est l’affaire des deux interlocuteurs. La communication est une co-construction, elle nécessite du temps, de l’attention à l’autre et la volonté réciproque de comprendre les cadres de référence de l’autre.

Alors, que faire ?

Je crois que le fait de prendre conscience que de telles distorsions existent est un premier pas.
Un second est de prendre le temps, ensemble, de ralentir les échanges, surtout lorsqu’ils deviennent houleux.
Fixer quelques règles de fonctionnement pour mieux communiquer sur les sujets « qui fâchent » :
– Trouver un moment qui convienne à tous deux, pendant lequel on sera disponible (ni dérangés par les enfants/le téléphone/le travail ni trop fatigués) pour rouvrir le débat.
– Parler plus lentement qu’à l’accoutumée, reformuler ce que chacun comprend de ce que l’autre dit.
– Faire des pauses si le ton ou la tension monte.
– Interrompre si l’on sent que l’on ne s’en sort pas, sans incriminer l’autre.
– Adopter volontairement une attitude de bienveillance l’un envers l’autre avant, pendant et après.
– S’aider par la lecture commune d’un livre de référence, si possible comprenant des exercices pratiques.

Dans certains cas, l’intervention d’un tiers – dûment formé à une posture facilitatrice adéquate – sera nécessaire.

Pour en savoir plus :
– Rosenberg Marshall, La communication non violente au quotidien, Jouvence, 2017.
– Sauzède-Lagarde Jean-Paul et Anne, Entre câlins et tempêtes – créer un couple durable, InterEditions, 2005.
– Vidal-Graf Serge et Carolle, Comment bien se disputer en couple, Jouvence, 2005.
– Watzlawick P., Helmick J., Une logique de la communication, Le livre de poche, 1979.

 

Conférence : « Le conjoint du dirigeant de l’entreprise familiale »

Conférence : « Le conjoint du dirigeant de l’entreprise familiale »

En 2018, Valérie Denis, Présidente de la chaire « Familles en Entreprises » de l’Ichec, m’a fait l’honneur de m’inviter à rejoindre son comité d’experts. Notre rôle est d’analyser, sous différents angles, les résultats de ses recherches sur la place et le rôle du conjoint du dirigeant de l’entreprise familiale.

Ce travail en équipe pluridisciplinaire a été d’une grande richesse et nous a révélé l’importance et la particularité de la place du conjoint.

De ce travail a résulté un ouvrage, sorti en octobre dernier: « Zoom sur les conjoints de dirigeants« .
Valérie vient présenter le fruit de ce travail à Liège le 2 avril prochain, via le Cercle de Wallonie au Royal Golf Club du Sart Tilman.
Je ne peux que vous encourager à aller l’écouter, tant le propos est intéressant!

Vous trouverez les informations pratiques et le butin d’inscription via le site du Cercle de Wallonie

Livre : Zooms sur les  conjoints de dirigeants

Livre : Zooms sur les conjoints de dirigeants

Je voudrai vous présenter un livre que j’ai – modestement – participé à penser et à écrire :
Ce livre met en lumière la place des conjoints (femmes et hommes) de dirigeants d’entreprises familiales, leurs rôles visibles et invisibles ainsi que leurs interactions avec l’ensemble des parties prenantes des « familles en entreprises ». Il est le fruit des regards croisés de 52 conjoints de dirigeants d’entreprises familiales, 168 CEO, 169 enfants de dirigeants ainsi que des membres d’un comité d’étude pluridisciplinaire, … Tous ces ZOOMS tournés vers cet individu à l’intersection de la famille, de l’entreprise, du patrimoine et de la transmission, ont été rassemblés dans le cadre d’une étude menée pendant 3 années par Valérie Denis, Directrice de la Chaire Familles en Entreprises de l’ICHEC Brussels Management School.

 

Information complète et commande

 

Couple… quitte ou double ? Ce mardi 17 janvier à 22h40 sur FR2

Couple… quitte ou double ? Ce mardi 17 janvier à 22h40 sur FR2

Ce mardi 17 janvier 2017 à 22h40 sur FR2 : Un court métrage (tourné à l’Eco-hameau les 3 sources) mettant en scène des couples en thérapie.

SYNOPSIS

Alors qu’ils traversaient une période de crise, six couples ont fait la démarche de consulter un thérapeute afin de trouver des solutions à leurs problèmes. Dans le cabinet de leur psychologue, ils confient leurs principaux doutes sur leur relation. Lors de ces séances, chaque membre livre ainsi à l’autre sa vision sur le couple qu’ils forment. Eclats de rire, coups de gueule, coups de blues… En passant par toute une palette d’émotions, ces douze individus tendent un miroir où se réfléchissent les principales interrogations de tout un chacun sur les rapports amoureux.