Dépasser craintes et croyances qui empêchent de s’engager en thérapie de couple.

Dépasser craintes et croyances qui empêchent de s’engager en thérapie de couple.

Il est difficile de s’engager dans une démarche thérapeutique en couple. Il faut du courage pour se lancer dans cette aventure, j’en suis un témoin convaincu.

Je prends toujours un moment pour échanger par téléphone avec les personnes qui envisagent cette démarche et me contactent. J'y vois plusieurs avantages : rassurer en permettant un contact préalable avec la personne humaine que je suis, donner quelques explications sur comment cela fonctionne (avec moi, du moins, car tous les thérapeutes de couple ne travaillent pas de la même façon), répondre aux questions que se posent les personnes, …

Malgré cela, nombre de couples n’osent pas passer le cap. Dans nombre de cas, les freins ne sont pas aisément identifiables car chacun fonctionne de manière automatique parfois sans être conscient des mécanismes de résistance qui figent le changement. Et le conjoint qui est à l’origine de la démarche peut ne pas être conscient de ce qui le freine personnellement ou de ce qui empêche son ou sa partenaire d’accepter la démarche.

Pour tenter de répondre et de dépasser ces craintes, conscientes ou non et rarement exprimées, j’ai sollicité deux IA (celle de Google et Chatgpt). Je leur ai demandé de recenser les résistances que l’on peut trouver au sein des couples afin de ne pas me limiter à mes seuls repères.
Je vous propose ici de les envisager une par une et de tenter d’y répondre. Parce que, si la peur est humaine et légitime, elle peut aussi nous bloquer et nous saboter. En prenant conscience de sa peur, il est possible de ne pas se laisser guider par elle. On peut dépasser sa peur ou agir tout en ayant peur ! Pour un mieux !

La peur d'être jugé.

Il s'agit de la crainte que le thérapeute ne prenne parti pour l'autre partenaire et que la séance ne se transforme en un tribunal où l'un serait accusé de tous les torts. Ou que le thérapeute porte un jugement moral sur le fonctionnement du couple.

C’est une crainte très compréhensible et fréquente.
Pourtant, un thérapeute qui émettrait un jugement sur le couple ou qui prendrait parti pour l’un des deux ferait une erreur. Le thérapeute n’est pas là pour faire une leçon de morale à quiconque, il est là pour aider deux personnes en souffrance à trouver une autre manière d’être en relation, moins douloureuse, plus souple et plus vivante. C’est un point essentiel et non négociable de sa posture. Pour ce faire, il doit s’intéresser au couple et à ses dynamiques, les mettre à jour et les travailler. Le jugement moral n’a pas sa place dans cette investigation.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je reçois le couple ensemble et jamais séparément, afin d’éviter l’insécurité qui pourrait en résulter. Par ailleurs, j’invite les partenaires à m’informer si jamais l’un d’eux se sent jugé ou a l’impression que je prends parti pour l’un ou l’autre, sans que je m’en sois rendu compte.

La peur de se dévoiler face à un tiers et d’exposer sa vulnérabilité.

Partager ses émotions profondes et ses faiblesses face à un tiers peut être perçu comme une menace à l'estime de soi ou une perte de contrôle.

C’est l’un des grands défis de la démarche. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le thérapeute doit s’abstenir de tout jugement de valeur mais également faire preuve d’empathie et de bienveillance envers celui ou celle que cela effraie. Être sensible et vulnérable fait partie de la condition humaine et s’il y a bien une personne auprès de qui il est important d’oser vivre ce dévoilement, c’est son thérapeute. Il a été formé pour cela, il a consacré sa vie professionnelle à accueillir et à prendre soin de la vulnérabilité des personnes qu’il accompagne.

Par ailleurs, il est important de savoir qu’on ne dit pas tout lors de la première séance. D’abord parce qu’on n’en a pas le temps et aussi parce qu’on va prendre soin de s’apprivoiser, de se connaître et d’estimer quel sera le bon moment pour dire ou montrer ce qui est le plus difficile. Le fait de se voir plusieurs fois crée de la confiance et permet de nommer ce qui ne pouvait être dévoilé dès le début. C’est parfaitement normal.

Il est tout aussi normal de vivre des émotions intenses et qu’on a peu l’habitude d’exposer sous le regard d’un autre. Le thérapeute est également là pour accueillir sans jugement et avec bienveillance les émotions inattendues qui se manifesteraient lors des entretiens.

La croyance que "en parler ne sert à rien" ou que ça va empirer le problème.

Certaines personnes pensent que la thérapie est du "blabla" et qu'elle ne changera pas les comportements, surtout si la communication est déjà rompue. « Je lui ai déjà dit, tout ça, et ça n’a rien changé ».

C’est pour cela que nous sommes réunis avec un thérapeute qui a pour mission de saisir ce qui entrave la compréhension réciproque et le changement. Pourquoi et comment la communication semble systématiquement vouée à l’échec.
Un patient m’avait surnommée « Google translate »; quand je reformulais ce que sa compagne disait, il comprenait enfin et parvenait à ajuster sa réponse ou son comportement en fonction de cette meilleure compréhension. Peu à peu, le couple a intégré une nouvelle façon de communiquer, enrichie de mes « traductions » et a pu sortir de son impasse et continuer sa route.

Quant à la crainte que parler du problème va l’aggraver, il s’agit soit d’une croyance erronée – en effet, comment résoudre un problème si on ne peut pas en parler – soit une croyance fondée sur une expérience antérieure de représailles – si j’évoque un problème avec mon conjoint, il va mal le prendre et me le faire payer.
Un des éléments de cadre qui peut (et parfois doit absolument) être posé, c’est l’engagement de ne pas exercer de punition envers celui qui s’est exprimé, dans ou en dehors du cadre thérapeutique.

Le déni de la crise.

L'un des partenaires peut ne pas percevoir la situation comme problématique ou ne pas reconnaître la souffrance de l'autre, estimant que tout ira mieux avec le temps. « Ce n’est pas si grave ».

C’est une situation assez classique et dangereuse. Parce qu’elle condamne celui ou celle qui souffre à continuer à souffrir et qu’elle met la longévité du couple en péril car le risque d’éclatement du couple est bien présent. Autre possibilité: que celui ou celle qui souffre sans être entendu finisse par s’effondrer, ses besoins n’étant pas compris et donc pas considérés.
Quand il s’agit d’estimer la gravité de la souffrance de l’autre, il est important de chercher à la comprendre sans la minimiser ou l’évaluer avec notre sensibilité personnelle, qui est différente de celle du partenaire.

C’est aussi le rôle du thérapeute que de donner de la place et d’aider l’expression du ressenti et des besoins de chacun des partenaires et de les aider à se comprendre.

La peur de la séparation.

La thérapie est parfois refusée par peur d'apprendre que la relation est irréparable, ou par crainte que le thérapeute ne recommande une séparation.

Je comprends cette crainte et la tentation de ne rien faire pour ne pas risquer de faire éclater le couple. Pourtant, je peux vous assurer d’une chose : au plus vite vous agirez pour prendre soin de votre relation de couple, au plus il y a de chances qu’elle traverse la crise et reparte du bon pied.

Par ailleurs, selon moi, le thérapeute de couple n’a pas à vous donner le conseil de vous séparer. Cela ne fait pas partie de ses prérogatives. Le thérapeute est là pour aider le couple à trouver une voie qui lui permette de rester ensemble selon des modalités plus satisfaisantes, souples et vivantes. Et aussi pour aider les partenaires à envisager autant de solutions que nécessaire pour y parvenir. Il peut également les aider à envisager la possibilité de la séparation si cela fait sens pour eux.

Il est possible que les conjoints fassent le constat qu’ils ne sont à ce point plus alignés dans leurs valeurs et leurs projets que la séparation semble la meilleure ou la seule alternative qui leur reste. Le thérapeute n’est assurément pas là pour décider à leur place de ce qu’ils doivent faire ou non de leur couple. Il doit par contre leur laisser la possibilité de choisir de se séparer s’ils estiment que c’est ce qui est le mieux pour eux.

L’irréparabilité d’une relation me semble notamment liée à l’hypothèse que la relation soit blessée par un ou des traumatismes ou un problème d’attachement. La recherche et les approches cliniques dont nous disposons actuellement permettent de traiter les blessures et traumatismes qui perturbent la relation d’attachement du couple de façon beaucoup plus efficace que précédemment.

Stigmatisation et fierté.

Aller voir un professionnel peut être perçu comme un aveu d'échec, de faiblesse ou une incapacité à gérer ses problèmes personnels.

Pourtant, nous n’hésitons pas à appeler le médecin, à consulter un kiné ou à solliciter un avocat… mais il est vrai qu’entamer une démarche thérapeutique demande de l’humilité, du courage, et peut exiger que nous dépassions la honte ou la culpabilité de ne pas y arriver seul.

Ce que nous oublions, c’est que nulle part on ne nous a appris à « bien relationner », bien communiquer, à prendre soin de la relation qui nous est la plus chère.
Et aussi que, dans certains cas, les problèmes qui minent le couple sont liés à des événements ou des traumatismes, anciens ou récents, et que le commun des mortels n’a pas les compétences nécessaires pour les résorber.

Le sentiment de sécurité illusoire.

Certains partenaires pensent que la relation est inconditionnelle et que leur conjoint ne les quittera jamais, ne prenant ainsi pas au sérieux les demandes de thérapie avant qu'il ne soit trop tard.

L’idée sous-jacente semble être que si l’autre m’aime (et il ou elle m’aime !), il/elle comprendra, et il/elle comprendra sans que je parle et sans que j’écoute ses besoins.
C’est une croyance fausse et qu’il est absolument nécessaire de dépasser.
Je cite l’autrice Barbara DeFrank-Lynch* :  « Un amour profond et mature, qui puisse durer, nécessite une quantité suffisante de satisfaction des besoins (…). Tout ce qui concerne la satisfaction des besoins représente une sphère vitale dans la construction d’un mariage (ou d’un couple non marié) riche et source de gratification. »
C’est une des croyances les plus délétères pour le couple, car tôt ou tard, le manque de réciprocité le détruira d’une façon ou d’une autre, plus ou moins dramatique.

Expériences passées négatives.

Des thérapies précédentes inefficaces, ou vécues comme culpabilisantes, peuvent générer une méfiance durable.

La meilleure réponse que je puisse donner à cette situation est : « Parlons-en, et tout de suite ! »
Dans un tel cas, le démarrage de la thérapie doit prendre en considération ces expériences précédentes. Le couple doit être entendu dans ce qu’il a vécu de problématique lors d’un précédent accompagnement et le nouveau thérapeute doit pouvoir proposer un cadre et une posture qui sécuriseront le couple afin qu’ensemble, ils puissent progressivement s’engager de façon sécurisante et satisfaisante.

Mon conseil à tout couple dans cette situation : parlez-en de suite, éventuellement dès le contact téléphonique de prise de rendez-vous, et sinon au tout début de la première séance de travail.

Le coût et le temps.

Les contraintes pratiques (financières, organisationnelles) sont parfois utilisées comme un frein commode pour éviter d'affronter des difficultés émotionnelles. 

L’argent est effectivement un prétexte souvent utilisé.

Il existe bien entendu, des situations de précarité financière qui ne permettent réellement pas l’engagement en thérapie. Dans ce cas, se tourner vers des organismes subventionnés sera la seule solution.

Cependant, si c’est là votre principal argument pour ne pas démarrer un travail thérapeutique, posez-vous la question du bien fondé de cette allégation. Et demandez-vous également, comme me l'avait suggéré un avocat, combien vous pensez qu’un divorce ou une séparation vous coûterait, en argent, en pénibilité, en temps et en souffrance.

Si c’est la question organisationnelle qui vous retient, demandez-vous si l’impossibilité est réelle ou si cela cache une crainte de la démarche thérapeutique ou une réticence de votre part à changer vos habitudes ou à demander une forme d’aide à un tiers (garde d’enfant, demande d’aménagement d’un horaire de travail, changement d’un horaire d’entrainement sportif, …)

Ma proposition serait : prenez donc un premier rendez-vous et explorons ensemble ces possibles mécanismes de protection qui entravent votre engagement et l’évolution de votre couple.

La peur du changement réel.

S’engager en thérapie, ce n’est pas seulement “parler”, c’est potentiellement transformer des équilibres profonds. Or, même des dynamiques souffrantes peuvent avoir une fonction stabilisatrice. Derrière certaines résistances, il y a la crainte (parfois très lucide) que la relation change profondément.

Le risque du changement existe, c’est précisément l’objectif qui est poursuivi en thérapie.
Rappelez-vous néanmoins que la thérapie suit votre rythme et pas le contraire. Et que si des changements adviennent, ce seront ceux qui auront été négociés entre vous. Et leur mise en œuvre aussi, restera dans vos mains.

Pour conclure.

Il existe probablement d’autres craintes et croyances liées à la thérapie du couple.
Si vous en avez identifiées au sein de votre couple, qui ne sont pas reprises ici, et qui vous freinent, faites m’en part via le formulaire de contact. Je suis intéressée de les découvrir et de réfléchir à comment les déjouer.
En guise de synthèse, je ne peux que vous inviter à oser parler de vos craintes au thérapeute que vous choisirez.
Et si c’est avec moi que vous souhaitez oser vous lancer, contactez-moi en m’indiquant ce qui vous freine, et je vous ferai une proposition « sur mesure ».

Référence bibliographique * : DeFrank-Lynch Barbara," Diagnostic et thérapie de couples", IFGT, Mini-bibliothèque de Gestalt-thérapie.

Isabelle et Julien, renaissance d’un couple qui ne tenait plus qu’à un fil

Isabelle et Julien, renaissance d’un couple qui ne tenait plus qu’à un fil

Photo de Claudio Mota - Unsplash

Introduction

Cette fois, j’ai décidé de vous relater un accompagnement particulièrement intéressant. Cet article bénéficiera d’un format particulier puisque j’ai pu garder des contacts avec le couple après la fin de l’accompagnement. Leur travail m’avait impressionnée et quand il a été question de le boucler, j’ai eu l’idée de leur ai demander s’ils seraient d’accord de répondre à quelques questions en vue d’un article que je souhaitais publier. Ils ont accepté et nous avons laissé s’écouler quelques mois entre la dernière séance de travail et l’envoi des questions sur lesquelles je leur proposais de se pencher.

Ce qui suit relate cet accompagnement, en version expurgée, en croisant nos trois points de vue.

Les éléments saillants de la situation du couple

Isabelle et Julien ont tous deux la cinquantaine. Ils ont deux enfants majeurs, un garçon et une fille, vivant encore sous le toit familial bien que déjà très autonomes.

Le couple a déjà connu une crise quinze ans plus tôt. Il s’en est sorti, mais probablement abimé. Et la crise actuelle, selon eux, est notamment une conséquence tardive de cette première crise dont ils n’ont pas suffisamment pris soin.

D’entrée de jeu, Isabelle m’explique que la communication au sein du couple est déficiente. Julien parle très peu et elle ne sait plus comment améliorer cet aspect du couple.

La sexualité du couple a quasiment disparu, tous deux ont des vies professionnelles très denses, des amis personnels…

Julien a fréquenté des prostituées et Isabelle a découvert l’orgasme par hasard, dans un bain à bulles et ensuite avec un amant avec lequel elle n’a actuellement plus de contact. Elle n’éprouve plus de désir pour Julien et vit douloureusement ses sollicitations, qu’elle repousse.

En bref, le couple a déserté sa conjugalité et ne tiens plus que par un fil, celui de la parentalité. Comme les enfants vont bientôt quitter le nid, la crise émerge avec intensité.

L'accompagnement

Pendant une longue partie de cet accompagnement, Isabelle va vivre une immense culpabilité : elle se sent coupable dès que Julien souffre, dès qu’elle se refuse à lui sexuellement, dès qu’elle sort de son rôle attribué de « bonne épouse ». Elle a une représentation très définie, stéréotypée, de ce qu’elle doit faire ou être en tant que femme dans son couple, et aussi dans sa famille.
Elle va devoir accepter d’être qui elle est et d'écouter ses désirs plutôt que de correspondre à cette image de la femme parfaite véhiculée par la culture patriarcale, qu’elle a inconsciemment adoptée mais qui ne lui convient absolument plus…
Julien, quant à lui, va revisiter son rôle de conjoint et sa vision de la sexualité dans le couple.

Deux thématiques ont nécessité une attention importante :
La sexualité au sein du couple, qui va trouver une voie nouvelle, et les modèles véhiculés par la culture dominante.
Dans la foulée, le couple se réorganisant autrement, va aussi repenser son rôle parental pour redonner de la place à la conjugalité.
Par voie de conséquence, cette nouvelle cohésion du couple a apaisé les angoisses des enfants (qui sentaient la fragilité du couple conjugal), les soulager de leur rôle de garant du couple et soutenir leur autonomisation.

Mes questions et leurs réponses

Je leur ai envoyé un mail avec quelques questions.
Voici leur réponse :

« Bonsoir Christine,

Réponse dans ton mail initial.
Sorry pour le délai, mais nous étions occupés à être heureux 🙂

Bonne lecture et à ta dispo 🙂 »

  • Quels sont les points sur lesquels votre couple a particulièrement évolué pendant ce suivi ?

    Julien : la communication. Nous communiquons plus facilement, plus franchement sans attendre que la coupe soit pleine. Nous arrivons à trouver les mots, on dit les choses comme on les ressent plus facilement.

    Isabelle : nous sommes plus attentifs l’un à l’autre, le bien-être de l’autre compte autant que le bien être individuel. Les « choses » se disent, sincèrement, en toute bienveillance. Je trouve bcp plus d’espace pour exprimer ce que je ressens. Fabien est bcp plus présent dans ma vie professionnelle, à la maison, je peux compter sur lui pour tout.
  • Quelles transformations personnelles ont été nécessaires pour permettre cette évolution du couple ?

    Julien : il a fallu une ouverture d’esprit et une remise en question profonde. Mon sens des priorités a complètement changé. Je suis plus orienté couple /famille alors qu’avant c’était la sécurité financière qui primait au travers du travail. Et je palliais au travers du golf presque uniquement.

    Isabelle : j’ai trouvé plus de place pour exprimer ma façon de penser et donc, c’est comme si « ma » façon de voir avait maintenant de la valeur ou du sens. Je me sens entendue. Mon travail personnel aura été de lâcher prise, de faire confiance, de faire de la place à Fabien à nouveau dans ma vie. Accepter que nos chemins se recroisent. Un travail sur une confiance à établir sur notre devenir. J’ai dû ouvrir les yeux sur l’homme que Fabien est devenu.
  • Qu’est-ce qui vous a donné la force de traverser cette crise ensemble ? Qu’est-ce qui a créé assez de sécurité pour que cette traversée soit possible ? La posture du thérapeute vous a-t-elle aidés ?

    Julien : l’envie de ne pas gâcher autant d’année de vie et d’histoire commune m’a tjrs porté. J’ai voulu comprendre ce qui se passait, pourquoi c’est arrivé. La sécurité est venue du fait qu’on s’engage à deux dans le processus. Épaulés par une personne neutre et professionnelle avec qui le feeling et la confiance sont passés dès le premier contact. Le fait que tu précises que l’objectif et l’issue de cette thérapie pouvaient aussi bien être la séparation que le début d’une nouvelle ou seconde ou suite d’histoire.

    Isabelle : idem 🙂 Julien y a cru pour 2 au départ. Nous méritions de faire ce travail. Après toutes ces années de vie commune. Tu m’as été d’une grande aide, j’ai trouvé en toi de l’écho sur ma façon de penser. J’y ai puisé de la force et de la confiance. Je me sentais en sécurité. Et j’ai pu redécouvrir Julien au fur et mesure du temps.
  • De votre point de vue, quels ont été les rôles essentiels de votre thérapeute durant cet accompagnement ? A quoi le thérapeute sert-il ? En quoi a-t-il aidé votre couple ?

    Isabelle et Julien : tu as apporté de la sécurité (tu as mis des bordures :)) tout en allant très loin dans les sujets que nous n’abordions plus tels que : la sexe, les enfants, leurs places dans la famille et dans le couple. Notre propre place dans le couple. Notre individualité. La place du travail de chacun dans le couple (surtout celui de Isabelle). Le thérapeute est tantôt modérateur, tantôt moteur, il questionne en toute bienveillance, il clarifie (rephrase les propos de chacun), il propose des pistes de réflexions, de travail, d’habitude à changer, de routine à modifier. Il pause un cadre tout en étant très flexible par rapport au mood du jour.
  • Et maintenant que la thérapie est finie (depuis plus de trois mois), qu’est-ce qui a changé pour votre couple ?

    Julien : je fais toutes les tâches ménagères :):):) (rires). Plus sérieusement, Je me sens soulagé de ne plus avoir ce poids de vivre avec cette crainte que tout s’effondre. Je profite du moment présent et de chaque instant. Je veille à tjrs remettre l’importance là où elle doit être et je me sens plus léger.

    Isabelle : il fait toutes les tâches ménagères (rires). Très sérieusement, il m’aide bcp plus à la maison, de manière à ce qu’on puisse plus profiter de moment ensemble le week-end ou le soir. De manière à ce que je puisse m’accorder du temps aussi pdt le week-end. Je me sens écoutée, je me sens exister en tant que personne à part entière. Je me sens bcp plus libre dans ma façon de voir et ressentir les choses. J’ai plus de « place » de « valeur ».
  • Votre couple continue-t-il à évoluer ? Si oui, de quelle façon ?

    Isabelle : oh oui, il y a bcp plus d’écoute, de douceur, de rires, de joies, de légèreté.

    Julien : idem 🙂 on continue à « grandir » ensemble. Nous restons attentifs à ce que des « mauvaises » habitudes ne soient pas reprises, nous sommes chacun à notre tour les « garde-fou » de notre couple.

    Isabelle : je suis heureuse d’avoir fait ce travail. Je pense que chaque jour je remercie je ne sais qui ou quoi de l’avoir fait. Il nous a rendu meilleurs, plus forts, plus liés, plus heureux, plus aimants. On peut être fiers de nous. Ça a été un gros travail, pas facile, perturbant parfois, mais, je ne voudrais pas ne pas l’avoir fait. Sans ce travail, nous aurions probablement finis bcp moins heureux.

En guise de conclusion

J’ai envie, pour conclure, de partager combien je leur suis reconnaissante de m’avoir confié leur point de vue, de m’avoir fait part de ce qui forcément m’échappe dans l’intensité d’un accompagnement de couple : leur regard sur ma posture et leur vécu par rapport à ma manière d’intervenir. C'est une première pour moi et leur feedback est précieux et instructif.
Je tiens également à souligner que les conditions dans lesquelles s’est déroulé cet accompagnement ont été particulièrement favorables et nous avons pu le mener à son terme sans difficultés importantes. Les circonstances ne sont pas toujours aussi clémentes.

(Les signes distinctifs des personnes et situations qui ont inspiré cet article ont été modifiés.)

Le burn-out d’un dirigeant, tsunami relationnel pour l’entreprise familiale – Partie I. : Soutenir le couple

Le burn-out d’un dirigeant, tsunami relationnel pour l’entreprise familiale – Partie I. : Soutenir le couple

Au début

Tout a commencé par un appel. Une femme à bout de souffle, en pleurs, en burn-out, qui sollicite mon aide. Elle est cofondatrice d’une jeune entreprise, avec son mari. Elle s’est récemment littéralement effondrée, n’est plus capable de travailler. Elle a très peur des conséquences de cet effondrement, tant sur son couple que sur l’entreprise. Elle se sent coupable, aussi.
Elle s’appelle Céline. Son époux et collaborateur, c’est Louis.

Céline connaît le monde psy et elle sait auprès de qui chercher une aide individuelle pour se relever de son burn-out. Il faudrait aller vite et pourtant il est nécessaire de prendre le temps : se relever d’un burn-out nécessite de la patience et de la prudence.

La première phase de l’accompagnement consistera à prendre soin du couple. La seconde vise l’ensemble des relations familiales au sein de l’entreprise, dont la vie est étroitement corrélée à celle de la famille.

Le couple, la clé de voûte tant de la famille que de l’entreprise

Nous convenons rapidement d’un rendez-vous pour le couple, qui est la pierre angulaire de l’entreprise familiale.

Le couple souffre beaucoup de la situation, il a d’abord besoin de soutien.
Il va aussi me permettre, par son récit ainsi que par une série de questions que je vais poser, de comprendre comment l’entreprise est composée et fonctionne, et d’en saisir les besoins.
Le couple est le fondateur de l’ensemble du système qui est en souffrance. Prendre soin du couple, c’est d’abord offrir un espace de dialogue et de partage du vécu de chacun, face à cet effondrement de Céline. Relier le couple, mettre des mots sur le vécu subjectif et hautement émotionnel de chacun, et aussi des mots plus techniques, des mots de psy, pour permettre une meilleure compréhension de ce que vit Céline, tant par elle-même que par Louis. S’effondrer comme Céline l’a vécu, c’est très angoissant. Et être témoin de cet effondrement sans le comprendre ni pouvoir aider l’autre l’est également.

Dès que l’affolement consécutif au burn-out se calme, nous devons apporter des réponses concrètes aux problèmes qui en découlent. Cela signifie analyser les différents niveaux de fonctionnement du couple, afin de prendre des décisions opportunes pour palier à l’absence de Céline sur plusieurs fronts. Et là, il va s’agir d’être rapide et efficace, et de prioriser correctement.

Les solutions à apporter à différents niveaux

Céline et Louis ont une somme considérable de responsabilités, de rôles et de tâches. Nous avons dû les distinguer pour y apporter des réponses différenciées :

- Le couple conjugal, sur lequel tout repose et qui donne sens à ce qui a été construit durant toutes ces années : le projet de couple et de famille ainsi que le projet d’entreprise.
Pour Louis, il me le confiera plus tard, l’impression dominante était qu’il allait tout perdre ou presque. Il ne savait où donner de la tête et ne voyait pas d’issue. Mais il était prêt à se battre et je crois qu’il a trouvé sa force dans l’amour qu’il porte à Céline, à leurs enfants et à ses enfants. Je me souviens encore de cet instant où j’ai dit que nous allions tout faire pour préserver et la famille et l’entreprise. Ce ne fût pas sans difficultés et nous n’avions aucune garantie mais nous avons réussi.

- La parentalité et ses responsabilités. C’est probablement sur ce point que les difficultés ont été les plus légères. Céline n’a rien lâché ou presque : impossible pour elle d’abandonner son rôle de maman. Même à genoux, elle tenait bon.

- Les fonctions décisionnelles et de pilotage de l’entreprise. Là aussi, le duo a été incroyable. Louis a dû prendre certaines décisions seul, mais je ne compte pas le nombre de sessions de travail durant lesquelles nous avons soutenu ce binôme professionnel pour qu’il continue de codiriger au mieux.

- Les fonctions opérationnelles de chacun. C’est peut-être là que le combat le plus rude a eu lieu. Il était très difficile à Céline de se concentrer sur une tâche malgré sa ténacité à vouloir le faire.
Nous avons dû définir ce que Céline voulait et surtout pouvait encore prendre en charge.
Et en conséquence, définir ce qui devait être délégué, et à qui.
L’état de Céline évoluait mais nous devions nous assurer qu’elle se repose car par moments, elle avait tendance à vouloir assumer plus que son état le permettait.

- Les fonctions RH, en particulier ici le management des autres membres de la famille ayant des postes opérationnels.
Nous développerons ce point crucial dans la seconde partie de l’article.

(Les signes distinctifs des personnes et situations qui ont inspiré cet article ont été modifiés.)

Un couple en état de choc.

Un couple en état de choc.

Ou comment l’agression sexuelle vécue par un enfant remet en question les fondations du couple.

Le traumatisme vécu par un membre de la famille affecte l'ensemble du système familial. Nous allons voir comment le couple est particulièrement impacté par le traumatisme d'un enfant. Et surtout, comment il trouve un chemin de résilience pour lui-même et pour l'enfant.

La demande initiale

Suzy et Jean-François sont mariés depuis une vingtaine d’années. Ils ont trois filles, dont deux sont adolescentes.

Ils viennent me trouver suite à une infidélité de Jean-François, qui a fortement blessé le couple et altéré la confiance de Suzy. Tous deux sont conscients que le problème du couple se situe en amont de ce déclencheur que représente cette trahison, même si celle-ci est très douloureuse.

Le contrat initial du couple incluait la fidélité.
Selon le récit de Jean-François, les événements traversés par le couple lui ont laissé penser que cette « clause » avait été transgressée par Suzy. Il n’a pas osé vérifier cette crainte qu’il avait d’être trompé, persuadé que son hypothèse était tout simplement avérée.
Suzy n’accepte pas cette version de leur histoire, estimant l’excuse trop facile.

L’histoire du couple a été marquée par de nombreux événements existentiels douloureux. De nombreux décès qui les ont confrontés à des deuils à répétition. Le lien a déjà été fragilisé par ces événements sur lesquels peu de mots ont été échangés. Il faut dire que la communication au sein du couple est difficile, elle l’a d’ailleurs toujours été.

L'agression

Et puis, la plus grande de leurs filles, Julie, a été victime d’une agression sexuelle il y a 3 ans. Une tentative de viol.

Peu de temps après cet événement dramatique, Jean-François a commencé à entretenir une, puis une seconde relation platonique avec des femmes. La troisième de ces relations a évolué vers une relation incluant de la sexualité, à l’initiative de sa confidente.

La découverte de cette relation a jeté le couple dans la tourmente, l’a presque fait voler en éclats. C’est l’ampleur de la souffrance de Suzy qui a ramené Jean-François à son couple. Et c’est alors qu’ils m’ont contactée.

Une autre lecture de l'histoire du couple

Lors de leur récit, aucun lien n’est fait par l’un ou l’autre entre l’agression de leur fille et le début de ces relations hors-couple.

C’est moi qui vais pointer cette concomitance et leur proposer d’en explorer le sens. D’emblée, le couple est prêt et nous plongeons alors dans un récit détaillé de comment le couple a été informé puis a vécu cette agression sexuelle de leur fille. L’émotion est vive, la parole de Jean-François a besoin d’être encouragée puis soutenue par moi tant il est bouleversé et ne trouve pas de mots. Suzy déborde de douleur.

L’agression sexuelle de leur fille fait clairement trauma dans le couple, et je remarque que les postures de Suzy et Jean-François, au fil de cette séance, se figent progressivement et se replient. Leurs bras sont fermés, la respiration est difficile. Le contact entre eux est absent. A sa place, un trou béant.
Je les laisserai quitter cette séance le cœur lourd, en pointant cette distance qui les sépare dans l’ici et maintenant de la situation thérapeutique et en leur proposant de l’observer et de ne pas la forcer.

La séance suivante, je constate que la béance dans l’entre-deux du couple a bougé. Le lien semble tenter de se retisser, doucement, péniblement et dans la peur. La communication est encore très difficile mais elle évolue tout doucement.

Je fais l’hypothèse que c’est cette béance traumatique qui a scindé le nous du couple et mené Jean-François à se tourner vers des tierces personnes féminines.

Sortir du traumatisme et reconstruire du lien

Nous allons par la suite explorer ce possible retissage en pointillé du couple. Tenter de saisir ce qui entrave un plein remaillage… la peur, l’insécurité, la perte de confiance… Explorer aussi comment la communication manque de fluidité et se réduit à peau de chagrin à certains moments. La travailler pour la dynamiser en séances et puis au sein du couple.

Je fais également le pari explicite que le travail de restauration du lien du couple aidera la reconstruction de la structure familiale ainsi que celle de leur fille, qui fuit actuellement la cellule familiale et est en crise ouverte avec son père. Cette hypothèse a rapidement été travaillée et vérifiée.

La parentalité et son exercice ont été explorés et repensés, notamment en termes de gestion des conflits et de qualité de dialogue.

Le contrat de fidélité du couple devra être reconsidéré et reformulé, compte tenu de la façon dont il a été malmené. C’est une étape obligatoire dans la nécessaire restauration de la confiance de Suzy, mais aussi de celle de Jean-François !
Il y va de la sécurité psychologique et relationnelle du couple et aussi de l’ensemble de la famille.

La vie revient au sein de la famille

A l’heure où j’écris ces dernières lignes, le couple retisse du lien, de la confiance, a identifié ses impasses de communication, retrouve la voie du dialogue au quotidien.

Julie, quant à elle, a retrouvé sa place dans la famille, s’y sent à l’aise et y passe beaucoup plus de temps. Elle a même présenté son petit ami à ses parents et celui-ci est fréquemment à la maison. Suzy et Jean-François pensent que c’est dû à une meilleure ambiance familiale, générée par une meilleure cohésion du couple, et à un bien meilleur dialogue avec son papa.

(Les prénoms et signes distinctifs des personnes et situations qui ont inspiré cet article ont été modifiés.)

Comment l’évolution du droit a organisé la dynamique du couple en Belgique – La question de l’autonomie financière et du statut juridique de la femme mariée.

Comment l’évolution du droit a organisé la dynamique du couple en Belgique – La question de l’autonomie financière et du statut juridique de la femme mariée.

Il y a quelques mois, j'ai eu un échange très intéressant avec l’une de mes patientes, sur l’évolution du droit des femmes en Belgique. Peu après, elle m'a envoyé une liste relatant des moments importants de l’évolution du droit des femmes depuis un peu plus de deux siècles. Elle m’a autorisée à utiliser le fruit de ses recherches.

La lecture de ces 6 pages m’a ébahie, alors que je connaissais déjà quelques-unes de ces étapes.
Les évolutions portent sur des matières diverses telles que l’accès à l’enseignement et l’accès au travail, le droit de vote et d’éligibilité, la contraception et l’avortement, l’égalité juridique, l’égalité salariale, le droit successoral, la violence envers les femmes, le viol entre époux, le divorce, le mariage, l’adoption, …

Parmi ces étapes, certaines concernent plus précisément la femme mariée et son statut juridique. Nous verrons que cette évolution a un impact sur la dynamique des couples, et donc sur les crises que ceux-ci traversent et qui les amènent en thérapie.

Je vous propose quelques extraits commentés. J’ai choisi les évolutions qui me semblent avoir eu le plus d’incidence sur l’organisation et la répartition du pouvoir au sein du couple, par le biais de l’autonomisation financière et juridique de la femme, qui sont corrélés.

Première étape: 1804!

A cette époque, la Belgique en tant qu’Etat autonome n’est pas encore née mais le Code Napoléon est imposé dans tous les pays occupés et annexés par l’Empire napoléonien. Il sera donc appliqué dans toutes les provinces belges dès 1804.
Après 1831, le même code sera maintenu dans la jeune Belgique indépendante sous le nom de Code Civil (1).

Et celui-ci consacre l’incapacité juridique totale de la femme mariée ! De la même façon que si elle était mineure, c’est son époux qui détient le pouvoir d’administration de ses biens et donc de ses revenus.

On voit comment la hiérarchisation et la répartition du pouvoir au sein du couple est donc au départ régulée et fixée de façon totalement rigide par la loi.

A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, la femme mariée va très lentement gagner quelques étapes vers son autonomie financière et juridique, faisant doucement bouger des lignes instaurées de longue date au sein du couple.

Le laborieux accès à l'enseignement.

En matière d’enseignement, il faut attendre 1864 pour voir s’ouvrir le premier établissement d’enseignement officiel moyen pour filles. Et c’est l’œuvre d’une femme : Isabelle Gatti de Gamond. Le cycle secondaire supérieur sera ouvert en 1891.

En 1873, L’UCL refuse d’inscrire Isala Van Diest en faculté de médecine. La hiérarchie religieuse s’y oppose et le recteur lui propose de devenir sage-femme !

L’ULB est la première université à ouvrir ses portes aux filles en 1880, alors qu’elles n’ont pas encore accès aux secondaires supérieures. L’ULg suit en 1881 et Gand en 1882.

Louvain restera sur sa position de fermeture pendant encore 40 ans et cèdera en 1920.

Pourtant, dès le 10 avril 1890, une loi a autorisé l’accès des femmes à « tous les grades académiques et aux professions de médecins et de pharmaciens ».

En 1907, un premier athénée pour filles est fondé à Gand, qui leur offre un enseignement secondaire supérieur et leur facilite l’accès à l’université.

Quant à son statut juridique.

Sur le plan du statut de la femme mariée, il aura fallu attendre 1900, pour que la loi belge lui reconnaisse le droit à l’épargne, le droit à obtenir un contrat de travail et le droit de toucher une partie de son propre salaire.

En 1958, le code civil abroge le principe de « puissance maritale » et d’obéissance de l’épouse.  La femme mariée reste cependant assimilée à une mineure sur le plan du droit.

Ce n’est qu’en 1970 que la loi instaure l’égalité parentale. Les parents peuvent désormais exercer conjointement les prérogatives de l’autorité parentale. Mais le mari garde une position prépondérante en cas de désaccord entre les parents.

L’égalité complète sera acquise quelques années plus tard, en 1973.

1972 : Enfin, le mariage ne modifie plus la capacité civile de la femme !

1976 : Le Code Civil proclame l’égalité totale des époux, qui choisissent ensemble et de commun accord le lieu de la résidence conjugale (avant, la femme était tenue de suivre son époux qui décidait seul). La femme mariée a le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari.

En 1984, le droit successoral protège le conjoint survivant (majoritairement des femmes) et lui octroie notamment l’usufruit du domicile conjugal, c’est-à-dire le droit d’y rester.

2007 : La loi simplifie largement et accélère la procédure de divorce dont le coût devient nettement plus abordable.

2012 : Une loi est votée, qui vise à lutter contre l’écart salarial entre homme et femme.

2014 : les parents peuvent choisir le nom de famille que portera leur enfant : celui de la mère, du père ou des deux dans l’ordre qu’ils choisissent. En cas de désaccord, c’est cependant le nom du père qui prime, ce qui est discriminatoire… 

Pour conclure ... ou pas.

Pour faire le point sur la question de l’accès de la femme au travail donc à une rémunération et à l’autonomie financière, il reste à souligner que l’écart salarial entre les rémunérations des femmes et celles des hommes reste de près de 23,7% en 2019 en Belgique, tenant compte des rémunérations horaires et de la répartition (inégale) du temps de travail.
Cela implique donc qu’il continue d’exister, à l’échelle macrosociale, un déséquilibre pécuniaire entre homme et femme, qui se répercute dans le couple. Cela a pour conséquence de hiérarchiser le couple, ce qui peut mener à des jeux de pouvoir figés et à des impasses relationnelles mortifères pour le couple.

La Loi ne peut évidemment pas tout et nombre de couples parviennent à s’affranchir de ces limites par leur organisation interne. Ce n’est néanmoins pas toujours le cas.
Il reste des combats à mener sur le plan juridique, au niveau sociétal.

Pour nous, thérapeutes du couple, la connaissance et la compréhension de ce bain social patriarcal dans lequel nous vivons est éclairante car, si nous nous rappelons que le couple est la plus petite entité sociale, nous allons plus aisément identifier les enjeux sociétaux qui se joue dans ce microcosme qu’est le couple, notamment au travers d’enjeux de pouvoir parfois extrêmement puissants.

(1) - A la question qu’est-ce qu’un Code civil ? Portalis, un des rédacteurs du Code, a répondu : « c’est un corps de lois destinées à diriger et à fixer les relations de sociabilité, de famille et d’intérêt qu’ont entre eux les hommes qui appartiennent à la même cité. »
Jean Etienne Marie PORTALIS, Discours préliminaire sur le projet du code civil, Edition de 1804.

Le couple et les dangers du confinement

Le couple et les dangers du confinement

On le lit de plus en plus dans la presse, le confinement met le couple sous pression !

Le couple a besoin de respirer, il a besoin d’un territoire bien défini, il a besoin de fluidité dans les jeux de pouvoir qui l’animent, et il est en train de traverser un événement existentiel majeur à l’occasion de cette crise sanitaire.

Le territoire familial s’est fortement restreint avec l’obligation de confinement, et le couple se retrouve dans une fusion forcée qu’il n’était pas préparé à « affronter ». Sans parler des enfants, s’il y en a, qui partagent le même territoire et demandent une attention importante, sans les habituelles aides extérieures.

Quelle perspective pour un couple qui sent que ses limites vont être mises à rude épreuve ?
S’engager à trouver ensemble des solutions au lieu de laisser les conflits naître au sein-même de la relation ! Faire alliance est la voie que propose la thérapie du Couple.

Comment ?

Le premier pas est de reconnaître ensemble que le couple traverse une crise sans précédent, et de décider d’en parler.

C’est essentiel : Décider de faire équipe pour traverser la crise le plus sereinement possible !

Raphaëlle Giacomini-Agostini, psychothérapeute, enseignante de yoga et praticienne en Gestalt thérapie, vous offre ses conseils pour affronter la tempête. Je vous cite quelques-uns des points proposés :

  1. Discuter et se soutenir mutuellement !
  2. S’accorder des moments en solo.
  3. Se répartir les tâches ménagères.
  4. Yoga et méditation, et pourquoi pas à pratiquer ensemble ?
  5. En fin de journée, faire le point ensemble. Par exemple, échanger sur les situations que le couple a bien gérées, et aussi les point qui ont causé plus de difficultés ou de tension, et réfléchir ensemble à comment les améliorer.
  6. Prendre un peu l’air ! Aller se balader (tout en respectant les consignes de sécurités), seul ou ensemble, selon l’envie. Si la situation devient plus tendue, la balade est un excellent moyen de ne pas faire éclater le conflit violemment. Elle permettra de prendre du recul et de réfléchir à comment se dire les choses le plus sobrement possible.
  7. Faire du sport, toujours dans les limites permises actuellement, et aussi dans les limites préconisées par le monde médical pour ne pas déforcer l'organisme !
  8. Faire des projets ensemble, rêver ensemble l’après confinement !

Pour l’article dans son intégralité, c’est par ici !

Et pour les enfants?

A nouveau, faire équipe est essentiel! Deux chercheuses de l'UCL ont dressé une liste de conseils pour les parents en risque de crise parce que débordés par la gestion des enfants. L'article est concis et pertinent. Pourquoi ne pas le lire à deux?

Et si le couple sent que ses limites sont atteintes ?

Dans ce cas, une aide extérieure ponctuelle ou suivie est à envisager. Un thérapeute de couple peut aider à distance, par visioconférence, pour aider le couple à sortir de l'impasse.

Dans des situations aigues et à risque, certains thérapeutes de couple proposeront un travail de visu, moyennant respect d'un cadre sécuritaire strict. Cette option dépend de l'éthique de chaque thérapeute et il reviendra à celui-ci d'apprécier chaque situation et d'en discuter avec le couple.

Pour des informations plus pointues sur les accompagnements de couple, voici un peu de lecture.

Vous pouvez aussi me contacter par téléphone ou mail pour en savoir plus.