Le burn-out d’un dirigeant, tsunami relationnel pour l’entreprise familiale – Partie I. : Soutenir le couple

Le burn-out d’un dirigeant, tsunami relationnel pour l’entreprise familiale – Partie I. : Soutenir le couple

Au début

Tout a commencé par un appel. Une femme à bout de souffle, en pleurs, en burn-out, qui sollicite mon aide. Elle est cofondatrice d’une jeune entreprise, avec son mari. Elle s’est récemment littéralement effondrée, n’est plus capable de travailler. Elle a très peur des conséquences de cet effondrement, tant sur son couple que sur l’entreprise. Elle se sent coupable, aussi.
Elle s’appelle Céline. Son époux et collaborateur, c’est Louis.

Céline connaît le monde psy et elle sait auprès de qui chercher une aide individuelle pour se relever de son burn-out. Il faudrait aller vite et pourtant il est nécessaire de prendre le temps : se relever d’un burn-out nécessite de la patience et de la prudence.

La première phase de l’accompagnement consistera à prendre soin du couple. La seconde vise l’ensemble des relations familiales au sein de l’entreprise, dont la vie est étroitement corrélée à celle de la famille.

Le couple, la clé de voûte tant de la famille que de l’entreprise

Nous convenons rapidement d’un rendez-vous pour le couple, qui est la pierre angulaire de l’entreprise familiale.

Le couple souffre beaucoup de la situation, il a d’abord besoin de soutien.
Il va aussi me permettre, par son récit ainsi que par une série de questions que je vais poser, de comprendre comment l’entreprise est composée et fonctionne, et d’en saisir les besoins.
Le couple est le fondateur de l’ensemble du système qui est en souffrance. Prendre soin du couple, c’est d’abord offrir un espace de dialogue et de partage du vécu de chacun, face à cet effondrement de Céline. Relier le couple, mettre des mots sur le vécu subjectif et hautement émotionnel de chacun, et aussi des mots plus techniques, des mots de psy, pour permettre une meilleure compréhension de ce que vit Céline, tant par elle-même que par Louis. S’effondrer comme Céline l’a vécu, c’est très angoissant. Et être témoin de cet effondrement sans le comprendre ni pouvoir aider l’autre l’est également.

Dès que l’affolement consécutif au burn-out se calme, nous devons apporter des réponses concrètes aux problèmes qui en découlent. Cela signifie analyser les différents niveaux de fonctionnement du couple, afin de prendre des décisions opportunes pour palier à l’absence de Céline sur plusieurs fronts. Et là, il va s’agir d’être rapide et efficace, et de prioriser correctement.

Les solutions à apporter à différents niveaux

Céline et Louis ont une somme considérable de responsabilités, de rôles et de tâches. Nous avons dû les distinguer pour y apporter des réponses différenciées :

Le couple conjugal, sur lequel tout repose et qui donne sens à ce qui a été construit durant toutes ces années : le projet de couple et de famille ainsi que le projet d’entreprise.
Pour Louis, il me le confiera plus tard, l’impression dominante était qu’il allait tout perdre ou presque. Il ne savait où donner de la tête et ne voyait pas d’issue. Mais il était prêt à se battre et je crois qu’il a trouvé sa force dans l’amour qu’il porte à Céline, à leurs enfants et à ses enfants. Je me souviens encore de cet instant où j’ai dit que nous allions tout faire pour préserver et la famille et l’entreprise. Ce ne fût pas sans difficultés et nous n’avions aucune garantie mais nous avons réussi.

La parentalité et ses responsabilités. C’est probablement sur ce point que les difficultés ont été les plus légères. Céline n’a rien lâché ou presque : impossible pour elle d’abandonner son rôle de maman. Même à genoux, elle tenait bon.

Les fonctions décisionnelles et de pilotage de l’entreprise. Là aussi, le duo a été incroyable. Louis a dû prendre certaines décisions seul, mais je ne compte pas le nombre de sessions de travail durant lesquelles nous avons soutenu ce binôme professionnel pour qu’il continue de codiriger au mieux.

Les fonctions opérationnelles de chacun. C’est peut-être là que le combat le plus rude a eu lieu. Il était très difficile à Céline de se concentrer sur une tâche malgré sa ténacité à vouloir le faire.
Nous avons dû définir ce que Céline voulait et surtout pouvait encore prendre en charge.
Et en conséquence, définir ce qui devait être délégué, et à qui.
L’état de Céline évoluait mais nous devions nous assurer qu’elle se repose car par moments, elle avait tendance à vouloir assumer plus que son état le permettait.

Les fonctions RH, en particulier ici le management des autres membres de la famille ayant des postes opérationnels.
Nous développerons ce point crucial dans la seconde partie de l’article.

(Les signes distinctifs des personnes et situations qui ont inspiré cet article ont été modifiés.)

Un couple en état de choc.

Un couple en état de choc.

Ou comment l’agression sexuelle vécue par un enfant remet en question les fondations du couple.

Le traumatisme vécu par un membre de la famille affecte l’ensemble du système familial. Nous allons voir comment le couple est particulièrement impacté par le traumatisme d’un enfant. Et surtout, comment il trouve un chemin de résilience pour lui-même et pour l’enfant.

La demande initiale

Suzy et Jean-François sont mariés depuis une vingtaine d’années. Ils ont trois filles, dont deux sont adolescentes.

Ils viennent me trouver suite à une infidélité de Jean-François, qui a fortement blessé le couple et altéré la confiance de Suzy. Tous deux sont conscients que le problème du couple se situe en amont de ce déclencheur que représente cette trahison, même si celle-ci est très douloureuse.

Le contrat initial du couple incluait la fidélité.
Selon le récit de Jean-François, les événements traversés par le couple lui ont laissé penser que cette « clause » avait été transgressée par Suzy. Il n’a pas osé vérifier cette crainte qu’il avait d’être trompé, persuadé que son hypothèse était tout simplement avérée.
Suzy n’accepte pas cette version de leur histoire, estimant l’excuse trop facile.

L’histoire du couple a été marquée par de nombreux événements existentiels douloureux. De nombreux décès qui les ont confrontés à des deuils à répétition. Le lien a déjà été fragilisé par ces événements sur lesquels peu de mots ont été échangés. Il faut dire que la communication au sein du couple est difficile, elle l’a d’ailleurs toujours été.

L’agression

Et puis, la plus grande de leurs filles, Julie, a été victime d’une agression sexuelle il y a 3 ans. Une tentative de viol.

Peu de temps après cet événement dramatique, Jean-François a commencé à entretenir une, puis une seconde relation platonique avec des femmes. La troisième de ces relations a évolué vers une relation incluant de la sexualité, à l’initiative de sa confidente.

La découverte de cette relation a jeté le couple dans la tourmente, l’a presque fait voler en éclats. C’est l’ampleur de la souffrance de Suzy qui a ramené Jean-François à son couple. Et c’est alors qu’ils m’ont contactée.

Une autre lecture de l’histoire du couple

Lors de leur récit, aucun lien n’est fait par l’un ou l’autre entre l’agression de leur fille et le début de ces relations hors-couple.

C’est moi qui vais pointer cette concomitance et leur proposer d’en explorer le sens. D’emblée, le couple est prêt et nous plongeons alors dans un récit détaillé de comment le couple a été informé puis a vécu cette agression sexuelle de leur fille. L’émotion est vive, la parole de Jean-François a besoin d’être encouragée puis soutenue par moi tant il est bouleversé et ne trouve pas de mots. Suzy déborde de douleur.

L’agression sexuelle de leur fille fait clairement trauma dans le couple, et je remarque que les postures de Suzy et Jean-François, au fil de cette séance, se figent progressivement et se replient. Leurs bras sont fermés, la respiration est difficile. Le contact entre eux est absent. A sa place, un trou béant.
Je les laisserai quitter cette séance le cœur lourd, en pointant cette distance qui les sépare dans l’ici et maintenant de la situation thérapeutique et en leur proposant de l’observer et de ne pas la forcer.

La séance suivante, je constate que la béance dans l’entre-deux du couple a bougé. Le lien semble tenter de se retisser, doucement, péniblement et dans la peur. La communication est encore très difficile mais elle évolue tout doucement.

Je fais l’hypothèse que c’est cette béance traumatique qui a scindé le nous du couple et mené Jean-François à se tourner vers des tierces personnes féminines.

Sortir du traumatisme et reconstruire du lien

Nous allons par la suite explorer ce possible retissage en pointillé du couple. Tenter de saisir ce qui entrave un plein remaillage… la peur, l’insécurité, la perte de confiance… Explorer aussi comment la communication manque de fluidité et se réduit à peau de chagrin à certains moments. La travailler pour la dynamiser en séances et puis au sein du couple.

Je fais également le pari explicite que le travail de restauration du lien du couple aidera la reconstruction de la structure familiale ainsi que celle de leur fille, qui fuit actuellement la cellule familiale et est en crise ouverte avec son père. Cette hypothèse a rapidement été travaillée et vérifiée.

La parentalité et son exercice ont été explorés et repensés, notamment en termes de gestion des conflits et de qualité de dialogue.

Le contrat de fidélité du couple devra être reconsidéré et reformulé, compte tenu de la façon dont il a été malmené. C’est une étape obligatoire dans la nécessaire restauration de la confiance de Suzy, mais aussi de celle de Jean-François !
Il y va de la sécurité psychologique et relationnelle du couple et aussi de l’ensemble de la famille.

La vie revient au sein de la famille

A l’heure où j’écris ces dernières lignes, le couple retisse du lien, de la confiance, a identifié ses impasses de communication, retrouve la voie du dialogue au quotidien.

Julie, quant à elle, a retrouvé sa place dans la famille, s’y sent à l’aise et y passe beaucoup plus de temps. Elle a même présenté son petit ami à ses parents et celui-ci est fréquemment à la maison. Suzy et Jean-François pensent que c’est dû à une meilleure ambiance familiale, générée par une meilleure cohésion du couple, et à un bien meilleur dialogue avec son papa.

(Les prénoms et signes distinctifs des personnes et situations qui ont inspiré cet article ont été modifiés.)

Comment l’évolution du droit a organisé la dynamique du couple en Belgique – La question de l’autonomie financière et du statut juridique de la femme mariée.

Comment l’évolution du droit a organisé la dynamique du couple en Belgique – La question de l’autonomie financière et du statut juridique de la femme mariée.

Il y a quelques mois, j’ai eu un échange très intéressant avec l’une de mes patientes, sur l’évolution du droit des femmes en Belgique. Peu après, elle m’a envoyé une liste relatant des moments importants de l’évolution du droit des femmes depuis un peu plus de deux siècles. Elle m’a autorisée à utiliser le fruit de ses recherches.

La lecture de ces 6 pages m’a ébahie, alors que je connaissais déjà quelques-unes de ces étapes.
Les évolutions portent sur des matières diverses telles que l’accès à l’enseignement et l’accès au travail, le droit de vote et d’éligibilité, la contraception et l’avortement, l’égalité juridique, l’égalité salariale, le droit successoral, la violence envers les femmes, le viol entre époux, le divorce, le mariage, l’adoption, …

Parmi ces étapes, certaines concernent plus précisément la femme mariée et son statut juridique. Nous verrons que cette évolution a un impact sur la dynamique des couples, et donc sur les crises que ceux-ci traversent et qui les amènent en thérapie.

Je vous propose quelques extraits commentés. J’ai choisi les évolutions qui me semblent avoir eu le plus d’incidence sur l’organisation et la répartition du pouvoir au sein du couple, par le biais de l’autonomisation financière et juridique de la femme, qui sont corrélés.

Première étape: 1804!

A cette époque, la Belgique en tant qu’Etat autonome n’est pas encore née mais le Code Napoléon est imposé dans tous les pays occupés et annexés par l’Empire napoléonien. Il sera donc appliqué dans toutes les provinces belges dès 1804.
Après 1831, le même code sera maintenu dans la jeune Belgique indépendante sous le nom de Code Civil (1).

Et celui-ci consacre l’incapacité juridique totale de la femme mariée ! De la même façon que si elle était mineure, c’est son époux qui détient le pouvoir d’administration de ses biens et donc de ses revenus.

On voit comment la hiérarchisation et la répartition du pouvoir au sein du couple est donc au départ régulée et fixée de façon totalement rigide par la loi.

A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, la femme mariée va très lentement gagner quelques étapes vers son autonomie financière et juridique, faisant doucement bouger des lignes instaurées de longue date au sein du couple.

Le laborieux accès à l’enseignement.

En matière d’enseignement, il faut attendre 1864 pour voir s’ouvrir le premier établissement d’enseignement officiel moyen pour filles. Et c’est l’œuvre d’une femme : Isabelle Gatti de Gamond. Le cycle secondaire supérieur sera ouvert en 1891.

En 1873, L’UCL refuse d’inscrire Isala Van Diest en faculté de médecine. La hiérarchie religieuse s’y oppose et le recteur lui propose de devenir sage-femme !

L’ULB est la première université à ouvrir ses portes aux filles en 1880, alors qu’elles n’ont pas encore accès aux secondaires supérieures. L’ULg suit en 1881 et Gand en 1882.

Louvain restera sur sa position de fermeture pendant encore 40 ans et cèdera en 1920.

Pourtant, dès le 10 avril 1890, une loi a autorisé l’accès des femmes à « tous les grades académiques et aux professions de médecins et de pharmaciens ».

En 1907, un premier athénée pour filles est fondé à Gand, qui leur offre un enseignement secondaire supérieur et leur facilite l’accès à l’université.

Quant à son statut juridique.

Sur le plan du statut de la femme mariée, il aura fallu attendre 1900, pour que la loi belge lui reconnaisse le droit à l’épargne, le droit à obtenir un contrat de travail et le droit de toucher une partie de son propre salaire.

En 1958, le code civil abroge le principe de « puissance maritale » et d’obéissance de l’épouse.  La femme mariée reste cependant assimilée à une mineure sur le plan du droit.

Ce n’est qu’en 1970 que la loi instaure l’égalité parentale. Les parents peuvent désormais exercer conjointement les prérogatives de l’autorité parentale. Mais le mari garde une position prépondérante en cas de désaccord entre les parents.

L’égalité complète sera acquise quelques années plus tard, en 1973.

1972 : Enfin, le mariage ne modifie plus la capacité civile de la femme !

1976 : Le Code Civil proclame l’égalité totale des époux, qui choisissent ensemble et de commun accord le lieu de la résidence conjugale (avant, la femme était tenue de suivre son époux qui décidait seul). La femme mariée a le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari.

En 1984, le droit successoral protège le conjoint survivant (majoritairement des femmes) et lui octroie notamment l’usufruit du domicile conjugal, c’est-à-dire le droit d’y rester.

2007 : La loi simplifie largement et accélère la procédure de divorce dont le coût devient nettement plus abordable.

2012 : Une loi est votée, qui vise à lutter contre l’écart salarial entre homme et femme.

2014 : les parents peuvent choisir le nom de famille que portera leur enfant : celui de la mère, du père ou des deux dans l’ordre qu’ils choisissent. En cas de désaccord, c’est cependant le nom du père qui prime, ce qui est discriminatoire… 

Pour conclure … ou pas.

Pour faire le point sur la question de l’accès de la femme au travail donc à une rémunération et à l’autonomie financière, il reste à souligner que l’écart salarial entre les rémunérations des femmes et celles des hommes reste de près de 23,7% en 2019 en Belgique, tenant compte des rémunérations horaires et de la répartition (inégale) du temps de travail.
Cela implique donc qu’il continue d’exister, à l’échelle macrosociale, un déséquilibre pécuniaire entre homme et femme, qui se répercute dans le couple. Cela a pour conséquence de hiérarchiser le couple, ce qui peut mener à des jeux de pouvoir figés et à des impasses relationnelles mortifères pour le couple.

La Loi ne peut évidemment pas tout et nombre de couples parviennent à s’affranchir de ces limites par leur organisation interne. Ce n’est néanmoins pas toujours le cas.
Il reste des combats à mener sur le plan juridique, au niveau sociétal.

Pour nous, thérapeutes du couple, la connaissance et la compréhension de ce bain social patriarcal dans lequel nous vivons est éclairante car, si nous nous rappelons que le couple est la plus petite entité sociale, nous allons plus aisément identifier les enjeux sociétaux qui se joue dans ce microcosme qu’est le couple, notamment au travers d’enjeux de pouvoir parfois extrêmement puissants.

(1) – A la question qu’est-ce qu’un Code civil ? Portalis, un des rédacteurs du Code, a répondu : « c’est un corps de lois destinées à diriger et à fixer les relations de sociabilité, de famille et d’intérêt qu’ont entre eux les hommes qui appartiennent à la même cité. »
Jean Etienne Marie PORTALIS, Discours préliminaire sur le projet du code civil, Edition de 1804.

Le couple et les dangers du confinement

Le couple et les dangers du confinement

On le lit de plus en plus dans la presse, le confinement met le couple sous pression !

Le couple a besoin de respirer, il a besoin d’un territoire bien défini, il a besoin de fluidité dans les jeux de pouvoir qui l’animent, et il est en train de traverser un événement existentiel majeur à l’occasion de cette crise sanitaire.

Le territoire familial s’est fortement restreint avec l’obligation de confinement, et le couple se retrouve dans une fusion forcée qu’il n’était pas préparé à « affronter ». Sans parler des enfants, s’il y en a, qui partagent le même territoire et demandent une attention importante, sans les habituelles aides extérieures.

Quelle perspective pour un couple qui sent que ses limites vont être mises à rude épreuve ?
S’engager à trouver ensemble des solutions au lieu de laisser les conflits naître au sein-même de la relation ! Faire alliance est la voie que propose la thérapie du Couple.

Comment ?

Le premier pas est de reconnaître ensemble que le couple traverse une crise sans précédent, et de décider d’en parler.

C’est essentiel : Décider de faire équipe pour traverser la crise le plus sereinement possible !

Raphaëlle Giacomini-Agostini, psychothérapeute, enseignante de yoga et praticienne en Gestalt thérapie, vous offre ses conseils pour affronter la tempête. Je vous cite quelques-uns des points proposés :

  1. Discuter et se soutenir mutuellement !
  2. S’accorder des moments en solo.
  3. Se répartir les tâches ménagères.
  4. Yoga et méditation, et pourquoi pas à pratiquer ensemble ?
  5. En fin de journée, faire le point ensemble. Par exemple, échanger sur les situations que le couple a bien gérées, et aussi les point qui ont causé plus de difficultés ou de tension, et réfléchir ensemble à comment les améliorer.
  6. Prendre un peu l’air ! Aller se balader (tout en respectant les consignes de sécurités), seul ou ensemble, selon l’envie. Si la situation devient plus tendue, la balade est un excellent moyen de ne pas faire éclater le conflit violemment. Elle permettra de prendre du recul et de réfléchir à comment se dire les choses le plus sobrement possible.
  7. Faire du sport, toujours dans les limites permises actuellement, et aussi dans les limites préconisées par le monde médical pour ne pas déforcer l’organisme !
  8. Faire des projets ensemble, rêver ensemble l’après confinement !

Pour l’article dans son intégralité, c’est par ici !

Et pour les enfants?

A nouveau, faire équipe est essentiel! Deux chercheuses de l’UCL ont dressé une liste de conseils pour les parents en risque de crise parce que débordés par la gestion des enfants. L’article est concis et pertinent. Pourquoi ne pas le lire à deux?

Et si le couple sent que ses limites sont atteintes ?

Dans ce cas, une aide extérieure ponctuelle ou suivie est à envisager. Un thérapeute de couple peut aider à distance, par visioconférence, pour aider le couple à sortir de l’impasse.

Dans des situations aigues et à risque, certains thérapeutes de couple proposeront un travail de visu, moyennant respect d’un cadre sécuritaire strict. Cette option dépend de l’éthique de chaque thérapeute et il reviendra à celui-ci d’apprécier chaque situation et d’en discuter avec le couple.

Pour des informations plus pointues sur les accompagnements de couple, voici un peu de lecture.

Vous pouvez aussi me contacter par téléphone ou mail pour en savoir plus.

L’attachement, de l’enfance à la relation de couple.

L’attachement, de l’enfance à la relation de couple.

Que voilà un article bien ficelé !

Son auteure, Caroline Jambon, se base sur un livre récent de Yvane Wiart « L’attachement, un instinct oublié » (Albin Michel). Elle revient sur les bases de la théorie de l’attachement de Bowlby, et va plus loin en retraçant les évolutions post-Bowlby.

Elle nous rappelle les trois types d’attachement chez l’enfant :
– l’attachement sécure
– l’attachement évitant
– l’attachement ambivalent (anxieux)

Chaque type est développé de façon très claire et observé dans son développement de l’enfance à l’âge adulte.

Vient ensuite le moment de brosser le portrait de l’adulte et de constater les impacts sur la relation amoureuse et le couple.

En guise de conclusion, les voies qui mènent à la résilience sont décryptées sous l’angle des neurosciences puis traduite en langage courant :
– l’aide d’un thérapeute (attention, tous les thérapeutes ne se valent pas en ce qui concerne ce type
de travail !!!)
– la rencontre d’une personne sécure « dans la vraie vie »
– la prise de conscience personnelle (qui est décrite comme rare et difficile et qui me semble plutôt constituer une étape vers un recours à l’aide thérapeutique)

Je vous recommande bien évidemment et vivement la lecture in extenso de l’article de Caroline Jambon.
Je n’ai, à ce jour, pas lu le livre de Yvane Wiart mais j’ai bien envie de le rajouter à la pile de bouquins qui m’attendent patiemment.

Couple: quand la communication s’emballe!

Couple: quand la communication s’emballe!

Nombreux sont les couples qui se reconnaissent des « problèmes de communications ».
Et bien souvent, ils ont l’impression de se parler correctement, de se dire les choses, ils se parlent volontiers, ils ont parfois participé à des séminaires de Communication Non Violente (CNV).
Et pourtant…

Un accompagnement sur mesure peut-être nécessaire.

Voyons ce qui peut mener à l’impasse dans la communication, en nous appuyant sur les travaux du systémicien Paul Watzlawick.

1. On ne peut pas ne pas communiquer !
Même quand on ne dit rien, on dit quelque chose, le silence parle. Mais aussi : notre attitude corporelle, l’émotion qui se lit sur un visage, mon positionnement dans la pièce, les mouvements du corps, le bruit que je fais (volontairement ou non), un parfum… même mon absence est signifiante.
En bref, nous communiquons constamment, que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non. Ce qui ne signifie en rien que nous nous comprenons !
Face à moi, Corine est assise sur le bord du canapé, les jambes serrées et emmêlées, le regard tourné vers le sol. Raoul, lui, est installé au fond du même canapé, jambes largement écartées. Il me regarde droit dans les yeux. Pas un mot n’est échangé. Trouvez-vous vraiment que rien ne se dit dans ce silence ?

2. Toute communication présente deux aspects : le contenu (une information) et la relation (la façon dont chacun des protagonistes va tenter d’influencer par le biais de sa communication). Il s’agit ici de la forme de la communication, de sa tonalité, de ce qui va lui donner un sens au-delà du seul contenu.
Je peux prononcer exactement les mêmes mots (« prends ton manteau ») et donner un sens très différents à la situation en les prononçant de façon douce et lente (mon message est pacifiant, serein, égalitaire), ou au contraire rapide et agressive (par ce biais, j’exprime un mécontentement, ou je tente de hiérarchiser la relation en prenant le dessus par une injonction directe et sèche). Je peux également prononcer les mêmes mots sur un ton plaintif, ce qui va me mettre en position « basse » dans l’échange.
Par ailleurs, je peux créer de la dissonance si mon langage oral et mon langage corporel sont antagonistes.
Julie, le visage fermé, est interpelée par son compagnon, Roland, lui demandant « ce qui se passe ». Elle se détourne et lui répond : « rien ! » sur un ton énervé.
Il y a fort à parier que Roland va se douter qu’il n’y a pas tout-à-fait « rien ».

3. La communication humaine utilise simultanément deux modes de communication : digital et analogique.
Le mode digital se veut factuel, objectif. (Il est 15h12).
Le mode analogique, lui, donne un sens particulier, symbolique et subjectif à l’information. Si les deux interlocuteurs ont un référentiel commun, la communication sera efficace.
Par contre, si les référentiels sont distincts et que nous n’en sommes pas conscients, c’est l’impasse.
La pendule indique 12 :00 (digital). Monique dit : « il est midi ! ». Elle se dépêche, elle va rater son premier cours de yoga si elle traîne (mode analogique : midi a, ce jour-là, un sens particulier pour Monique) !
Georges la regarde passer la porte les bras ballants, pris de court, l’estomac dans les talons. « J’ai faim, moi ! ». Midi, c’est l’heure de manger (analogique), et tu n’as pas préparé le repas ?
Le référentiel est clairement différent chez l’un et l’autre.
Ils se feront la tête jusqu’au lendemain.

4. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires.
Il existe une co-influence des deux interlocuteurs, qui donne du sens à l’échange. La subjectivité de chacun colore l’échange parfois jusqu’à le bloquer.
Cette ponctuation subjective et parfois non consciente, crée un cycle vertueux… ou un cycle vicieux qui mène à l’impasse.
Il a élevé la voix pour s’adresser à elle, elle s’est refermée et ne dit plus rien. Il tente de rester calme. Il est vite agacé quand elle a cette attitude. Et plus il s’énerve, plus elle se replie. Et plus elle se ferme plus il perd patience !

5. La communication est soit symétrique, soit complémentaire.
Symétrique, elle tend à minimiser les différences, à déhiérarchiser l’échange et de ce fait la relation est plus « horizontale ». Cela favorise le partenariat.
Complémentaire, elle appuie sur les différences et donne une hiérarchie à l’échange (position basse/haute).
L’interaction influence donc les positionnements de l’un par rapport à l’autre. Poussée trop loin d’un côté ou de l’autre, c’est le risque d’une impasse.
En effet, trop d’horizontalité mène à la rivalité, trop de hiérarchie génère, quant à elle, de la distance, au point parfois de ne plus se retrouver.

Ces 5 points d’attentions nous montrent bien combien la communication se joue dans l’entre-deux du couple. Une bonne partie des impasses communicationnelles résultent en quelque sorte des distorsions langagières entre les interlocuteurs, entre ce que l’un croit dire et ce que l’autre en comprend. Ajoutons à cela l’importance, la sensibilité et l’émotionalité du lien d’attachement entre conjoints, qui rend le terrain communicationnel entre eux spécialement sensible et l’analyse des schémas dysfonctionnels difficile.

Il est également intéressant de constater qu’une communication réussie est l’affaire des deux interlocuteurs. La communication est une co-construction, elle nécessite du temps, de l’attention à l’autre et la volonté réciproque de comprendre les cadres de référence de l’autre.

Alors, que faire ?

Je crois que le fait de prendre conscience que de telles distorsions existent est un premier pas.
Un second est de prendre le temps, ensemble, de ralentir les échanges, surtout lorsqu’ils deviennent houleux.
Fixer quelques règles de fonctionnement pour mieux communiquer sur les sujets « qui fâchent » :
– Trouver un moment qui convienne à tous deux, pendant lequel on sera disponible (ni dérangés par les enfants/le téléphone/le travail ni trop fatigués) pour rouvrir le débat.
– Parler plus lentement qu’à l’accoutumée, reformuler ce que chacun comprend de ce que l’autre dit.
– Faire des pauses si le ton ou la tension monte.
– Interrompre si l’on sent que l’on ne s’en sort pas, sans incriminer l’autre.
– Adopter volontairement une attitude de bienveillance l’un envers l’autre avant, pendant et après.
– S’aider par la lecture commune d’un livre de référence, si possible comprenant des exercices pratiques.

Dans certains cas, l’intervention d’un tiers – dûment formé à une posture facilitatrice adéquate – sera nécessaire.

Pour en savoir plus sur l’accompagnement ou la thérapie de couple!

Quelques livres de référence :
– Rosenberg Marshall, La communication non violente au quotidien, Jouvence, 2017.
– Sauzède-Lagarde Jean-Paul et Anne, Entre câlins et tempêtes – créer un couple durable, InterEditions, 2005.
– Vidal-Graf Serge et Carolle, Comment bien se disputer en couple, Jouvence, 2005.
– Watzlawick P., Helmick J., Une logique de la communication, Le livre de poche, 1979.