Il est difficile de s’engager dans une démarche thérapeutique en couple. Il faut du courage pour se lancer dans cette aventure, j’en suis un témoin convaincu.

Je prends toujours un moment pour échanger par téléphone avec les personnes qui envisagent cette démarche et me contactent. J'y vois plusieurs avantages : rassurer en permettant un contact préalable avec la personne humaine que je suis, donner quelques explications sur comment cela fonctionne (avec moi, du moins, car tous les thérapeutes de couple ne travaillent pas de la même façon), répondre aux questions que se posent les personnes, …

Malgré cela, nombre de couples n’osent pas passer le cap. Dans nombre de cas, les freins ne sont pas aisément identifiables car chacun fonctionne de manière automatique parfois sans être conscient des mécanismes de résistance qui figent le changement. Et le conjoint qui est à l’origine de la démarche peut ne pas être conscient de ce qui le freine personnellement ou de ce qui empêche son ou sa partenaire d’accepter la démarche.

Pour tenter de répondre et de dépasser ces craintes, conscientes ou non et rarement exprimées, j’ai sollicité deux IA (celle de Google et Chatgpt). Je leur ai demandé de recenser les résistances que l’on peut trouver au sein des couples afin de ne pas me limiter à mes seuls repères.
Je vous propose ici de les envisager une par une et de tenter d’y répondre. Parce que, si la peur est humaine et légitime, elle peut aussi nous bloquer et nous saboter. En prenant conscience de sa peur, il est possible de ne pas se laisser guider par elle. On peut dépasser sa peur ou agir tout en ayant peur ! Pour un mieux !

La peur d'être jugé.

Il s'agit de la crainte que le thérapeute ne prenne parti pour l'autre partenaire et que la séance ne se transforme en un tribunal où l'un serait accusé de tous les torts. Ou que le thérapeute porte un jugement moral sur le fonctionnement du couple.

C’est une crainte très compréhensible et fréquente.
Pourtant, un thérapeute qui émettrait un jugement sur le couple ou qui prendrait parti pour l’un des deux ferait une erreur. Le thérapeute n’est pas là pour faire une leçon de morale à quiconque, il est là pour aider deux personnes en souffrance à trouver une autre manière d’être en relation, moins douloureuse, plus souple et plus vivante. C’est un point essentiel et non négociable de sa posture. Pour ce faire, il doit s’intéresser au couple et à ses dynamiques, les mettre à jour et les travailler. Le jugement moral n’a pas sa place dans cette investigation.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je reçois le couple ensemble et jamais séparément, afin d’éviter l’insécurité qui pourrait en résulter. Par ailleurs, j’invite les partenaires à m’informer si jamais l’un d’eux se sent jugé ou a l’impression que je prends parti pour l’un ou l’autre, sans que je m’en sois rendu compte.

La peur de se dévoiler face à un tiers et d’exposer sa vulnérabilité.

Partager ses émotions profondes et ses faiblesses face à un tiers peut être perçu comme une menace à l'estime de soi ou une perte de contrôle.

C’est l’un des grands défis de la démarche. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le thérapeute doit s’abstenir de tout jugement de valeur mais également faire preuve d’empathie et de bienveillance envers celui ou celle que cela effraie. Être sensible et vulnérable fait partie de la condition humaine et s’il y a bien une personne auprès de qui il est important d’oser vivre ce dévoilement, c’est son thérapeute. Il a été formé pour cela, il a consacré sa vie professionnelle à accueillir et à prendre soin de la vulnérabilité des personnes qu’il accompagne.

Par ailleurs, il est important de savoir qu’on ne dit pas tout lors de la première séance. D’abord parce qu’on n’en a pas le temps et aussi parce qu’on va prendre soin de s’apprivoiser, de se connaître et d’estimer quel sera le bon moment pour dire ou montrer ce qui est le plus difficile. Le fait de se voir plusieurs fois crée de la confiance et permet de nommer ce qui ne pouvait être dévoilé dès le début. C’est parfaitement normal.

Il est tout aussi normal de vivre des émotions intenses et qu’on a peu l’habitude d’exposer sous le regard d’un autre. Le thérapeute est également là pour accueillir sans jugement et avec bienveillance les émotions inattendues qui se manifesteraient lors des entretiens.

La croyance que "en parler ne sert à rien" ou que ça va empirer le problème.

Certaines personnes pensent que la thérapie est du "blabla" et qu'elle ne changera pas les comportements, surtout si la communication est déjà rompue. « Je lui ai déjà dit, tout ça, et ça n’a rien changé ».

C’est pour cela que nous sommes réunis avec un thérapeute qui a pour mission de saisir ce qui entrave la compréhension réciproque et le changement. Pourquoi et comment la communication semble systématiquement vouée à l’échec.
Un patient m’avait surnommée « Google translate »; quand je reformulais ce que sa compagne disait, il comprenait enfin et parvenait à ajuster sa réponse ou son comportement en fonction de cette meilleure compréhension. Peu à peu, le couple a intégré une nouvelle façon de communiquer, enrichie de mes « traductions » et a pu sortir de son impasse et continuer sa route.

Quant à la crainte que parler du problème va l’aggraver, il s’agit soit d’une croyance erronée – en effet, comment résoudre un problème si on ne peut pas en parler – soit une croyance fondée sur une expérience antérieure de représailles – si j’évoque un problème avec mon conjoint, il va mal le prendre et me le faire payer.
Un des éléments de cadre qui peut (et parfois doit absolument) être posé, c’est l’engagement de ne pas exercer de punition envers celui qui s’est exprimé, dans ou en dehors du cadre thérapeutique.

Le déni de la crise.

L'un des partenaires peut ne pas percevoir la situation comme problématique ou ne pas reconnaître la souffrance de l'autre, estimant que tout ira mieux avec le temps. « Ce n’est pas si grave ».

C’est une situation assez classique et dangereuse. Parce qu’elle condamne celui ou celle qui souffre à continuer à souffrir et qu’elle met la longévité du couple en péril car le risque d’éclatement du couple est bien présent. Autre possibilité: que celui ou celle qui souffre sans être entendu finisse par s’effondrer, ses besoins n’étant pas compris et donc pas considérés.
Quand il s’agit d’estimer la gravité de la souffrance de l’autre, il est important de chercher à la comprendre sans la minimiser ou l’évaluer avec notre sensibilité personnelle, qui est différente de celle du partenaire.

C’est aussi le rôle du thérapeute que de donner de la place et d’aider l’expression du ressenti et des besoins de chacun des partenaires et de les aider à se comprendre.

La peur de la séparation.

La thérapie est parfois refusée par peur d'apprendre que la relation est irréparable, ou par crainte que le thérapeute ne recommande une séparation.

Je comprends cette crainte et la tentation de ne rien faire pour ne pas risquer de faire éclater le couple. Pourtant, je peux vous assurer d’une chose : au plus vite vous agirez pour prendre soin de votre relation de couple, au plus il y a de chances qu’elle traverse la crise et reparte du bon pied.

Par ailleurs, selon moi, le thérapeute de couple n’a pas à vous donner le conseil de vous séparer. Cela ne fait pas partie de ses prérogatives. Le thérapeute est là pour aider le couple à trouver une voie qui lui permette de rester ensemble selon des modalités plus satisfaisantes, souples et vivantes. Et aussi pour aider les partenaires à envisager autant de solutions que nécessaire pour y parvenir. Il peut également les aider à envisager la possibilité de la séparation si cela fait sens pour eux.

Il est possible que les conjoints fassent le constat qu’ils ne sont à ce point plus alignés dans leurs valeurs et leurs projets que la séparation semble la meilleure ou la seule alternative qui leur reste. Le thérapeute n’est assurément pas là pour décider à leur place de ce qu’ils doivent faire ou non de leur couple. Il doit par contre leur laisser la possibilité de choisir de se séparer s’ils estiment que c’est ce qui est le mieux pour eux.

L’irréparabilité d’une relation me semble notamment liée à l’hypothèse que la relation soit blessée par un ou des traumatismes ou un problème d’attachement. La recherche et les approches cliniques dont nous disposons actuellement permettent de traiter les blessures et traumatismes qui perturbent la relation d’attachement du couple de façon beaucoup plus efficace que précédemment.

Stigmatisation et fierté.

Aller voir un professionnel peut être perçu comme un aveu d'échec, de faiblesse ou une incapacité à gérer ses problèmes personnels.

Pourtant, nous n’hésitons pas à appeler le médecin, à consulter un kiné ou à solliciter un avocat… mais il est vrai qu’entamer une démarche thérapeutique demande de l’humilité, du courage, et peut exiger que nous dépassions la honte ou la culpabilité de ne pas y arriver seul.

Ce que nous oublions, c’est que nulle part on ne nous a appris à « bien relationner », bien communiquer, à prendre soin de la relation qui nous est la plus chère.
Et aussi que, dans certains cas, les problèmes qui minent le couple sont liés à des événements ou des traumatismes, anciens ou récents, et que le commun des mortels n’a pas les compétences nécessaires pour les résorber.

Le sentiment de sécurité illusoire.

Certains partenaires pensent que la relation est inconditionnelle et que leur conjoint ne les quittera jamais, ne prenant ainsi pas au sérieux les demandes de thérapie avant qu'il ne soit trop tard.

L’idée sous-jacente semble être que si l’autre m’aime (et il ou elle m’aime !), il/elle comprendra, et il/elle comprendra sans que je parle et sans que j’écoute ses besoins.
C’est une croyance fausse et qu’il est absolument nécessaire de dépasser.
Je cite l’autrice Barbara DeFrank-Lynch* :  « Un amour profond et mature, qui puisse durer, nécessite une quantité suffisante de satisfaction des besoins (…). Tout ce qui concerne la satisfaction des besoins représente une sphère vitale dans la construction d’un mariage (ou d’un couple non marié) riche et source de gratification. »
C’est une des croyances les plus délétères pour le couple, car tôt ou tard, le manque de réciprocité le détruira d’une façon ou d’une autre, plus ou moins dramatique.

Expériences passées négatives.

Des thérapies précédentes inefficaces, ou vécues comme culpabilisantes, peuvent générer une méfiance durable.

La meilleure réponse que je puisse donner à cette situation est : « Parlons-en, et tout de suite ! »
Dans un tel cas, le démarrage de la thérapie doit prendre en considération ces expériences précédentes. Le couple doit être entendu dans ce qu’il a vécu de problématique lors d’un précédent accompagnement et le nouveau thérapeute doit pouvoir proposer un cadre et une posture qui sécuriseront le couple afin qu’ensemble, ils puissent progressivement s’engager de façon sécurisante et satisfaisante.

Mon conseil à tout couple dans cette situation : parlez-en de suite, éventuellement dès le contact téléphonique de prise de rendez-vous, et sinon au tout début de la première séance de travail.

Le coût et le temps.

Les contraintes pratiques (financières, organisationnelles) sont parfois utilisées comme un frein commode pour éviter d'affronter des difficultés émotionnelles. 

L’argent est effectivement un prétexte souvent utilisé.

Il existe bien entendu, des situations de précarité financière qui ne permettent réellement pas l’engagement en thérapie. Dans ce cas, se tourner vers des organismes subventionnés sera la seule solution.

Cependant, si c’est là votre principal argument pour ne pas démarrer un travail thérapeutique, posez-vous la question du bien fondé de cette allégation. Et demandez-vous également, comme me l'avait suggéré un avocat, combien vous pensez qu’un divorce ou une séparation vous coûterait, en argent, en pénibilité, en temps et en souffrance.

Si c’est la question organisationnelle qui vous retient, demandez-vous si l’impossibilité est réelle ou si cela cache une crainte de la démarche thérapeutique ou une réticence de votre part à changer vos habitudes ou à demander une forme d’aide à un tiers (garde d’enfant, demande d’aménagement d’un horaire de travail, changement d’un horaire d’entrainement sportif, …)

Ma proposition serait : prenez donc un premier rendez-vous et explorons ensemble ces possibles mécanismes de protection qui entravent votre engagement et l’évolution de votre couple.

La peur du changement réel.

S’engager en thérapie, ce n’est pas seulement “parler”, c’est potentiellement transformer des équilibres profonds. Or, même des dynamiques souffrantes peuvent avoir une fonction stabilisatrice. Derrière certaines résistances, il y a la crainte (parfois très lucide) que la relation change profondément.

Le risque du changement existe, c’est précisément l’objectif qui est poursuivi en thérapie.
Rappelez-vous néanmoins que la thérapie suit votre rythme et pas le contraire. Et que si des changements adviennent, ce seront ceux qui auront été négociés entre vous. Et leur mise en œuvre aussi, restera dans vos mains.

Pour conclure.

Il existe probablement d’autres craintes et croyances liées à la thérapie du couple.
Si vous en avez identifiées au sein de votre couple, qui ne sont pas reprises ici, et qui vous freinent, faites m’en part via le formulaire de contact. Je suis intéressée de les découvrir et de réfléchir à comment les déjouer.
En guise de synthèse, je ne peux que vous inviter à oser parler de vos craintes au thérapeute que vous choisirez.
Et si c’est avec moi que vous souhaitez oser vous lancer, contactez-moi en m’indiquant ce qui vous freine, et je vous ferai une proposition « sur mesure ».

Référence bibliographique * : DeFrank-Lynch Barbara," Diagnostic et thérapie de couples", IFGT, Mini-bibliothèque de Gestalt-thérapie.